A quoi bon des compilations, alors que les algorithmes de YouTube et de Spotify se chargent de nous fournir automatiquement les playlists adaptées à nos préférences ? A-t-on encore besoin d’un amateur philanthrope qui, derrière son écran, déniche pour nous sur Internet des trésors cachés ? Sous le nom de la chanson de 10CC Life Is a Minestrone,et des images de phares - postes d’observation, de rêverie, de solitude -, le Français Franck Zeisel rassemble depuis bientôt deux ans des morceaux que vous n’auriez, sans cela, à peu près aucune chance d’écouter, bien qu’ils soient là, sur le Net, disponibles. Ce sont des chansons d’artistes principalement américains, en marge de ce qu’est devenu le mainstream de là-bas, des mélodies soignées, bien écrites, où persiste l’esprit pop indé des années 90, ce mélange de lo-fi et de préciosité qui prendrait presque la patine d’une tradition. Pour les amener jusqu’à nous, Zeisel écume tous les jours des dizaines de pages d’artistes sur Bandcamp, cette plateforme d’écoute et de téléchargement prisée des musiciens indépendants, créée en 2008 pour permettre aux artistes de vendre leur musique directement aux fans. Dans les recoins où se cachent les plus discrets, ceux qui en sont à leur première démo, leur premier album, sans label la plupart du temps, sans presse, il a trouvé des perles : la Néo-Zélandaise Mimsy Cable qu’il a même invitée à Paris, l’Australien Harley Young, ou encore, moins néophyte, le Canadien de Choir and Marching Band, qui compose dans son coin depuis vingt-cinq ans et offre à ses onze followers sur YouTube des chansons à tomber. Petit peuple musicien de l’ombre, double anglophone de celui que les compilations La Souterraine font découvrir ici, ces gens-là n’ont à peu près que leurs chansons à offrir, sinon leurs voix : celle de la Texane Hannah Read, qui ouvre, sous le nom de Lomelda, cette 15e compilation, de sortie ce mardi. Ou encore celle, déchirante, de Christina Hess, morte en 2011 à 56 ans et dont le fils a mis en ligne il y a quelques mois, «pour les amis, les proches», un album enregistré en 1986. Avec ses inflexions de voix mûre à la Stevie Nicks, elle sonne comme hors du temps, déjà égarée à l’époque dans les années 80.

Conçues comme des albums, où même les silences entre les titres semblent avoir été médités, ces compiles ne sont pas seulement la trace d’une musique en partie patrimoniale et minoritaire, elles portent cette promesse : sous le grand déferlement qui nous fait perdre tout désir, quelqu’un encore écoute.

Agnès Gayraud

Life is a Minestrone Volume 17
Life is a Minestrone Volume 17

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